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Gazole à 2,33 € : l'État se sert-il au passage ?

Faire le plein de gazole coûte aujourd'hui 5,50 € de plus qu'il y a un mois. À la pompe, le soupçon revient vite : et si c'était encore les taxes ? Nous avons suivi le litre de gazole jusqu'à votre réservoir. Réponse : l'État n'a rien augmenté ce mois-ci. Les responsables sont ailleurs.

Un plein de 113 €, dont 49 € pour l'État

Prenons un plein de 50 litres de gazole au prix relevé par la Commission européenne le 7 septembre : 2,257 € le litre, soit environ 113 €.

  • 64 € paient le carburant : le pétrole, son raffinage, son transport et la marge de la station ;
  • 30 € partent en accise, la grande taxe sur les carburants ;
  • 19 € partent en TVA.

Près de la moitié du plein revient donc à l'État : pour le gazole, la France a la quatrième fiscalité la plus lourde de l'Union européenne. Mais cette part n'explique pas le bond de septembre.

La grande taxe n'a pas bougé d'un centime

L'accise fonctionne comme un péage : un montant fixe par litre, quel que soit le prix du pétrole. En 2026, elle est de 59,40 centimes pour le gazole et de 68,29 centimes pour le SP95, hors majorations régionales. Elle n'a pas changé en septembre.

La TVA, elle, est un pourcentage : 20 %, appliqué au prix du carburant et même à l'accise. Quand le prix monte, elle monte avec lui, sans que personne ne vote quoi que ce soit. Sur les 11 centimes de hausse du mois, environ 2 centimes sont de la TVA, soit à peu près 1 € sur votre plein.

La seule hausse décidée par l'État cette année date de janvier : le durcissement des « certificats d'économies d'énergie », qui obligent les vendeurs de carburant à financer des travaux d'économies d'énergie. Selon la filière pétrolière, ce coût est passé d'environ 11 à 15 ou 17 centimes par litre. Il pèse depuis neuf mois, mais n'explique pas l'envolée de septembre.

L'État fait-il une bonne affaire ?

Pas vraiment, selon Bercy. La TVA sur les carburants a rapporté 304 millions d'euros de plus qu'il y a un an. Mais les Français ont levé le pied : ils consomment 5,5 % de carburant en moins, et l'accise a rapporté 295 millions de moins. Bilan : 9 millions d'euros gagnés sur un an. Une goutte d'eau.

Le gouvernement refuse pour autant de baisser les taxes, au nom des finances publiques. Il préfère des aides ciblées, dont l'indemnité carburant de 100 € pour les actifs modestes qui roulent beaucoup, à demander avant le 30 septembre.

Premier coupable : un oléoduc en feu

Le 11 septembre, des drones ont frappé l'oléoduc Est-Ouest saoudien, qui transporte environ 4 % du pétrole mondial. Il a été fermé. La guerre avec l'Iran perturbe toujours le détroit d'Ormuz.

Le baril de Brent, autour de 90 dollars à la mi-août, a dépassé les 100 dollars le 9 septembre, puis les 107 dollars cette semaine. Et comme l'euro n'a presque pas bougé face au dollar, rien n'a amorti le choc.

Second coupable : les raffineries tournent à plein

Le pétrole n'explique pas pourquoi le gazole grimpe plus vite que l'essence : +33 % depuis fin février, contre +23,5 % pour le SP95-E10.

La clé est dans le raffinage. Pour obtenir du gazole, il faut transformer le pétrole, et le monde manque de raffineries disponibles : des sites sont à l'arrêt en Russie et au Moyen-Orient. Le gazole devient rare, donc cher.

L'indicateur officiel de marge de raffinage est passé de 8,72 dollars par baril en moyenne en 2025 à 48,71 dollars en septembre. Rien que sa hausse depuis août ajoute environ 6 centimes sur chaque litre. La filière prévient : même si le pétrole baisse, le gazole pourrait rester cher tout l'hiver.

Les stations-service sont aussi surveillées : le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a convoqué les distributeurs le 9 septembre pour examiner leurs prix. TotalEnergies, de son côté, bloque les siens à 1,99 € pour l'essence et 2,25 € pour le gazole tant que durera le conflit.

Ce qu'il faut retenir

  • Les taxes n'ont pas augmenté en septembre : l'accise est fixe, et la TVA en plus est presque annulée par la baisse de la consommation.
  • Le pétrole est le premier responsable, après l'attaque de l'oléoduc saoudien.
  • Le raffinage explique pourquoi le gazole flambe plus que l'essence.
  • Pour limiter la note : comparer les stations et vérifier votre droit à l'indemnité de 100 € avant le 30 septembre.

Sources : relevé quotidien du ministère de l'Économie relayé par Roole et prix-carburant.eu (prix du 15/09) ; Commission européenne, Oil Bulletin du 07/09, via fuel-prices.eu (décomposition du prix et rang européen) ; Fipeco et Public Sénat (tarifs d'accise 2026) ; Bercy, cité par prixdubaril.com et Bourse Inside le 09/09 (recettes fiscales, consommation, aides, évolution des prix depuis février) ; AFP via Connaissance des énergies, 26/11/2025 (certificats d'économies d'énergie) ; Fortune et prixdubaril.com (cours du Brent) ; France 24 et Boursorama (attaque de l'oléoduc, 14/09) ; Trading Economics (taux de change) ; DGEC, citée par L'EnerGeek et L'Automobiliste le 10/09, et ministère de la Transition écologique (marges de raffinage) ; TotalEnergies, Selectra et Mon-Carburant (plafonnement).

Portrait de Georges-Paul Boda
Georges-Paul Boda

Mandataire en opérations de banque (MIOBSP) et en assurances (MIA), ORIAS n°20007871 · Cambrai

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