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Vendredi, Moody's note la France : votre crédit peut-il coûter plus cher ?

Vendredi soir, l'agence Moody's dira si la France garde sa note. Pour un ménage qui prépare un achat, cette note peut finir dans sa mensualité. Ce que l'on sait déjà, et ce qui ne bougera pas.

Scène en pâte à modeler dans une salle de classe : une institutrice sévère, un énorme stylo rouge à la main, s'apprête à noter la copie d'un écolier inquiet coiffé d'un bonnet phrygien rouge ; à la fenêtre, un couple soucieux tient une petite maison en briques

Vendredi 23 octobre, en soirée, quand la Bourse aura fermé, l'agence américaine Moody's dira ce qu'elle pense de la France. Sa note dit aux investisseurs du monde entier à quel point l'État français est sûr de rembourser ce qu'il emprunte.

Si vous préparez un achat, vous ne suivrez sans doute pas l'annonce. Elle vous concerne pourtant : la note de la France pèse sur le prix auquel l'État emprunte, et ce prix finit par se retrouver dans les taux des crédits immobiliers.

Une note déjà sous surveillance

Trois grandes agences notent la France. La meilleure note possible est AAA. Deux d'entre elles, Fitch et S&P, ont déjà fait descendre la France à A+, quatre crans en dessous, et ont confirmé cette note cette année : le 29 mai pour S&P, le 28 août pour Fitch.

Moody's, qui écrit ses notes autrement, est la seule à la classer un cran plus haut, à Aa3, trois crans sous le maximum. Mais depuis octobre 2025, elle accompagne cette note d'une « perspective négative ». C'est un avertissement, comme un professeur qui écrit « attention » dans la marge du bulletin. En avril, elle a gardé la note et l'avertissement.

Ce sont encore de bonnes notes, mais toutes ont baissé ces deux dernières années, celle de Moody's comprise, fin 2024. Vendredi, Moody's peut garder sa note, avec ou sans son avertissement, ou la baisser d'un cran, à A1, l'équivalent du A+ des deux autres.

Pourquoi les agences s'inquiètent

Leur sujet, c'est la dette : l'État emprunte chaque année pour boucler son budget, et sa dette dépasse désormais tout ce que le pays produit en un an.

Et emprunter lui coûte de plus en plus cher. Début octobre, l'État payait 4,90 % pour emprunter sur dix ans, du jamais-vu depuis 2002. Un an plus tôt, c'était 3,40 %.

Du taux de l'État à votre crédit

Pour vous prêter, une banque utilise l'argent déposé par ses clients et celui qu'elle emprunte sur les marchés. Le taux auquel l'État emprunte sur dix ans ne fixe pas votre taux, mais il donne la direction, un peu comme le cours du blé pour le boulanger : quand il monte, le prix du pain finit par suivre.

La note de vendredi ne changera donc pas votre taux du jour au lendemain. Il n'y a aucun lien automatique. Ce qui compte, c'est la réaction des investisseurs : s'ils demandent plus cher pour prêter à la France, le taux de l'État monte, et les banques revoient leurs barèmes, par paliers, en quelques semaines ou quelques mois.

Après la baisse de Fitch, en septembre 2025, les taux des crédits n'avaient pas bondi : les banques s'y attendaient et l'avaient déjà compté dans leurs taux. Elles amortissent aussi une partie des hausses : en un an, le taux de l'État a pris un point et demi, le taux moyen des crédits accordés environ un quart de point. Aujourd'hui, un ménage emprunte même moins cher que l'État. Mais plus le taux de l'État grimpe, moins les banques ont de marge pour continuer.

En octobre, avec des revenus moyens et un petit apport, on emprunte autour de 3,9 % sur vingt ans. Avec de hauts revenus et un apport important, on obtient un taux plus bas. Le vôtre dépendra de vos revenus, de votre apport et de la banque.

Ce que coûteraient 0,10 ou 0,25 point de plus

Personne ne sait de combien les taux bougeront. Pour fixer les idées, voici ce que changeraient 0,10 ou 0,25 point de plus, pour 200 000 € empruntés sur vingt ans, hors assurance :

  • à 3,90 %, la mensualité est de 1 201 € ;
  • avec 0,10 point de plus, à 4,00 %, elle passe à 1 212 € : 11 € de plus par mois, soit plus de 2 500 € d'intérêts en plus sur vingt ans ;
  • avec 0,25 point de plus, à 4,15 %, elle atteint 1 228 € : 27 € de plus par mois, soit plus de 6 300 € sur la durée du prêt.

Et pour garder la même mensualité, 0,25 point de plus vous fait emprunter environ 4 300 € de moins.

Ce qui ne bougera pas, quoi qu'il arrive vendredi

  • Votre crédit est déjà signé à taux fixe ? Votre mensualité reste la même jusqu'à la dernière échéance. C'est le cas de la très grande majorité des crédits immobiliers en France.
  • Vous avez reçu une offre de prêt ? La banque doit la maintenir au moins 30 jours après sa réception. La note n'y change rien.

Si vous préparez un achat, votre taux, lui, peut encore bouger. Il est fixé dans l'offre de prêt, le document que la banque vous envoie après avoir dit oui, pas le jour du compromis. Un dossier complet (revenus, relevés de compte, épargne), prêt à être envoyé aux banques dès la signature du compromis, permet d'obtenir cette offre plus vite.

Et après vendredi ?

C'est lundi 26 octobre, à la réouverture des marchés, que l'on verra si les investisseurs demandent plus cher pour prêter à la France : le taux de l'État à dix ans le dira.

Trois jours plus tard, jeudi 29 octobre, la Banque centrale européenne annoncera si elle change ses taux, qui fixent le prix de l'argent pour les banques. Ses décisions pèsent elles aussi sur le taux des crédits. Nous mettrons cet article à jour dès que la décision de Moody's sera connue, vendredi soir ou samedi.


Ce qu'il faut retenir

  • Vendredi 23 octobre au soir, Moody's dit si la France garde sa note (Aa3, sous avertissement depuis un an) ou descend d'un cran, à A1.
  • Pas d'effet automatique sur les taux : un crédit signé à taux fixe ne bouge pas, une offre reçue reste valable au moins 30 jours. Pour un achat à venir, le taux peut encore bouger.
  • Ce qui dira la suite : le taux de l'État à dix ans (4,90 % début octobre), puis la Banque centrale européenne, le 29 octobre.
  • Aujourd'hui, environ 3,9 % sur vingt ans avec des revenus moyens et un petit apport. 0,25 point de plus, c'est 27 € par mois sur 200 000 €.
Portrait de Georges-Paul Boda
Georges-Paul Boda

Mandataire en opérations de banque (MIOBSP) et en assurances (MIA), ORIAS n°20007871 · Cambrai

Cet article donne une information générale, pas un conseil personnalisé : votre situation précise mérite une étude dédiée. Un crédit vous engage et doit être remboursé : vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager.

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